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  • Photo du rédacteurElsa Moreira

Francis Evrard, un tragique échec

Salut tout le monde, j’espère que vous allez bien, et j’espère que vous êtes prêt(e)s. L’affaire d’aujourd’hui est exceptionnelle dans deux sens : il n’y a pas de meurtre dans cette affaire, et elle est incroyablement sordide. Je vais essayer de la raconter de la manière la plus convenable possible, mais dites-moi tout de même si vous voyez que j’ai fait une erreur, quelle qu’elle soit. Sans plus d’introduction, voici l’affaire Francis Evrard.

TW : pédophilie (beaucoup de pédophilie), viol d’enfants


Le début d’une vie chaotique

Francis Evrard est né en juillet 1946 à Roubaix, dans le nord de la France. Son père est belge et sa mère est française. Les deux sont ouvriers.

Son père est alcoolique, et finit par succomber à une cirrhose. Francis dira de lui qu’il était “juste belge…il aimait bien sa bière”.

Sa mère, elle, est décrite comme “folle” par les voisins. L’un d’eux raconte même qu’elle lui a déjà cassé un balai sur la tête. Malgré cela, Francis aura une relation fusionnelle avec elle, et la rejoindra à chacune de ses sorties de prison.

L’enfance déjà instable de Francis bascule alors qu’il n’a que 10 ans, lorsqu’il est victime d’un viol. Il racontera que sa mère, ne voulant pas faire de vagues, ne fait rien en l’apprenant.

À partir de là, Francis semble abandonner toute volonté d’avoir une vie normale. Il quitte l’école à 12 ans et sombre dans la délinquance. Il est rapidement diagnostiqué avec divers troubles mentaux et est envoyé dans un établissement spécialisé, puis dans des foyers ou des maisons de correction jusqu’à ses 14 ans. Selon lui, il est de nouveau victime d’abus sexuels durant ces différents séjours.

Francis est régulièrement pris pour différents délits, mais arrive quand même à décrocher un apprentissage dans un établissement spécialisé dans le matériel d’éclairage, avant d’être rapidement licencié pour “manque de sérieux”.

À 16 ans, Francis passe d’une petite délinquance sans grande conséquence à une délinquance sexuelle qui brisera des dizaines de vies.


Une longue et horrifiante “carrière”

Francis Evrard (source : Le JDD)
Francis Evrard (source : Le JDD)

Le 14 mai 1962, Francis commet sa première agression sexuelle sur un petit garçon de 6 ans. Le lendemain, il agresse un autre petit garçon, qui a 9 ans cette fois. Il est rapidement arrêté et condamné à trois mois de prison.

Une fois libéré du centre de redressement, il est envoyé dans un institut public d’éducation surveillée, où il passe un an. Une fois sorti, il agresse un troisième petit garçon et reprend 18 mois de prison.

En 1969, à Mouscron, en Belgique, il viole un petit garçon de 7 ans et est interné 4 ans dans une structure spécialisée, avant d’être expulsé de Belgique. Durant cette affaire, sa photo est diffusée dans un journal, et un garçon de 10 ans, à Douai, le reconnaît comme étant son agresseur.

En 1973, il est libéré et part rejoindre sa mère à Roubaix. En août de la même année, il viole un garçon de 9 ans. Quelques jours plus tard, sa victime le reconnaît dans la rue et le dénonce. Il est arrêté, et condamné à 15 ans de prison. Cependant, il se comporte comme un prisonnier exemplaire, et est libéré au bout de 10 ans.

Cette fois, il ne reprend pas immédiatement son horrible routine, mais n’arrive pas non plus à se retenir bien longtemps. Il est de nouveau arrêté en février 1984 pour agression sexuelle, et est condamné à 4 ans de prison. Il est libéré au bout de trois ans, et récidive dès sa sortie. Il agresse un jeune garçon de 7 ans, ne se fait pas prendre, et agresse un garçon de 8 ans trois mois plus tard. Il est arrêté et passe devant la cour d’assises en 1989. Il est alors condamné à 27 ans de prison.

Lorsqu’il est transféré à la prison de Caen en 2000, on lui propose la castration chimique. Espérant que cela l’aidera à obtenir une libération anticipée, il accepte le traitement, mais l’arrête au bout de quatre mois.

En 2003, sa cellule est fouillée, et on y trouve des revues pédopornographiques. C’est le seul méfait qu’il commet en prison.

Peu avant sa libération, Francis arrive à se faire prescrire du Viagra par un médecin de la prison. C’est tout simplement incroyable.

Francis est libéré du centre pénitentiaire de Caen en juillet 2007. Il s’installe dans un hôtel, et part voir sa conseillère de probation, qui lui dit qu’elle n’a pas encore reçu son dossier. Il se sert alors de ses économies pour retourner à Roubaix (sans avertir le service de probation), mais cette fois, sa mère est morte. Il s’installe dans un autre hôtel et essaie de renouer avec des membres de sa famille, qui le rejettent immédiatement. Se sentant sûrement seul, il commence à fréquenter Le Métropole, un café du centre-ville. Il discute avec le patron, à qui il ne cache pas avoir été en prison. Par contre, il lui dit que c’est parce qu’il a tué un homme qui agressait une femme. Quel héros…

Francis finit par manquer d’argent, et quitte alors la chambre qu’il loue à l’hôtel pour s’installer dans le box où il entrepose les meubles qu’il a hérités de sa mère. C’est là qu’il fait sa dernière victime.


Enis

Le 15 août 2007, soit un peu plus d’un mois après sa libération, Francis croise le chemin d’Enis, 5 ans, alors que ce dernier joue devant chez lui. Il l’aborde en lui promettant des jouets, et part avec lui.

Quand le père d’Enis revient chez lui pour emmener son fils à la braderie de Roubaix, l’enfant est introuvable. Il se met à le chercher dans le quartier, mais rien. Rapidement, tout le quartier se mobilise. À 17h, un voisin dit avoir vu Enis avec son grand-oncle. Pourtant Enis n’a pas de grand-oncle. Le père se rend immédiatement au commissariat. Enis est inscrit au fichier des personnes recherchées et un signalement est diffusé dans toute la France, ainsi qu’en Belgique. Des patrouilles se mettent à silloner la ville.

Le voisin dit aux policiers que l’homme qu’il a vu avec Enis avait un plâtre au bras, et qu’il se dirigeait vers le centre-ville.

Les policiers prennent rapidement la décision de diffuser une alerte enlèvement sur toutes les chaînes de télévision et de radio. Suite à cette alerte, le patron du Métropole appelle les policiers pour leur dire que le signalement correspond à Francis Evrard.

Les enquêteurs entrent alors le nom de Francis dans le fichier des antécédents judiciaires et découvrent son long et sordide parcours. Ils découvrent également qu’il a récemment eu un accident de scooter, ce qui explique le plâtre.

Quand les policiers se rendent à l’adresse à l’adresse de résidence de Francis, ils tombent sur une rangée de box de garages. Ils pensent donc qu’ils ont une fausse adresse, et font demi-tour.

Vers 22h, un chauffeur de taxi vient dire aux policiers qu’il a pris un client plus tôt dans la journée à l’adresse de résidence de Francis et l’avoir déposé à la braderie, avant de le récupérer plus tard, accompagné d’un enfant.

Les policiers retournent aux box, avec une équipe cynophile en renfort. Les chiens repèrent rapidement l’odeur d’Enis près de l’un des box, et les policiers en défoncent immédiatement la porte. C’est là qu’ils trouvent Francis serrant Enis dans ses bras. Les deux sont nus.

Francis est arrêté, et Enis est emmené à l’hôpital de Lille. Des analyses confirmeront que l’enfant a été drogué avec des somnifères.

Lorsque les médecins autorisent les policiers à interroger Enis, celui-ci leur raconte son agression, qui a été commise sous la menace d’un couteau, qui a été retrouvée dans le box.

D’ailleurs, en parlant du box, des photos ont été retrouvées dedans. La plupart datent des années 70, et on voit dessus des garçons posant en maillot pour leur équipe de football, des jeunes scouts en short, des portraits…

Une fois en garde à vue, Francis avoue l’agression mais essaie de se justifier en disant qu’il a simplement eu une pulsion, et qu’il n’a violé Enis “qu’avec les doigts”.

Il s’étend beaucoup sur sa vie et sa carrière criminelle, et dit avoir fait une quarantaine de victimes. Il dit à propos de ses victimes qu’elles étaient pour la plupart des enfants qu’il ne connaissait pas, parce que selon lui il ne peut pas se retenir avec eux.

Il est immédiatement mis en examen, mais rétracte ses aveux, créant ainsi un doute sur l’ampleur de l’agression sexuelle. Il écrit tout de même au Président de la République en septembre pour demander une castration physique. Cependant, la castration physique est interdite en France, car contraire à la dignité humaine.

En apprenant cette demande, le père d’Enis a explosé de colère : “Pourquoi demande-t-il la castration neuf jours avant son procès ? Il essaie de se faire passer pour un martyr, c’est un manipulateur. Je suis énervé et en colère. […] J’ai confiance en la justice. J’attends que plus jamais ça ne se reproduise. Il faut qu’il paye.”

L’avocat de Francis, lui, décide de rendre le courrier public, sûrement pour montrer la bonne volonté du pédophile.


Le procès

Le procès de Francis commence le 26 octobre 2009. Francis avoue de nouveau tous ses méfaits, y compris ses agressions perpétrées sur d’autres enfants. Il dit à propos de ces enfants que seulement quelques-uns ont posé problème, sous-entendant que les autres étaient consentants. Il va même jusqu’à dire “À l’époque, ils aimaient ça”.

Il se dit habité par des pulsions à cause du viol qu’il a subi durant son enfance. Les experts le décrivent comme incurable du fait d’une “conduite pédophile habituelle, profondément ancrée”.

L’avocat de Francis demande la requalification des faits en attouchements sexuels, mais sa demande est rejetée. Francis est donc jugé pour enlèvement et séquestration, viols et agressions sexuelles en récidive sur mineur.

Plusieurs témoins sont entendus. Parmi eux, il y a l’un des policiers qui a participé aux auditions de Francis après son arrestation. Il dit de lui : “J’ai eu le sentiment que M. Evrard n’avait pas cherché à se cacher […]. Il n’a pas fui ses responsabilités […]. C’est comme s’il y avait une sorte d’euphorie dans ce qu’il faisait. […] Ses pulsions ne sont pas au niveau de son sexe mais dans sa tête et même la castration chimique ou physique ne peuvent les combattre.”

Il y a aussi le médecin qui a prescrit le Viagra à Francis peu avant sa sortie de prison. Il se justifie : “Le médecin de la prison n’a pas accès au dossier pénal du détenu et je ne veux pas le connaître […], ça n’est pas pour ça que je me suis engagé dans la médecine pénitentiaire. […] Le Viagra, à ma connaissance, ne crée pas de pulsions.”

Des vidéos de l’audition d’Enis sont également diffusées. Francis sourit en voyant les images de l’enfant.

Les antécédents de Francis sont examinés de près. On découvre alors que les experts tiraient la sonnette d’alarme depuis des années.

En 1969, l’expert qui l’a examiné l’a décrit comme “socialement dangereux” et présentant des “anomalies graves”. En 1974, des experts ont dit de Francis “Il représente une impasse tant pour la psychiatrie que pour la répression pénale”. En 1987, un autre expert a jugé qu’il n’était pas responsable pénalement, mais simplement parce qu’”il est bien évident que la prison ne sert strictement à rien dans le cas M. Evrard”. Un autre médecin a souligné en 2000 que “s’il accepte aujourd’hui un traitement hormonal, c’est uniquement dans un but utilitaire afin de sortir de détention”.

Durant le procès, le suivi de Francis est également examiné. On apprend alors qu’une convocation a enfin été envoyée par le service de probation à Francis le 16 août 2007, soit quelques heures après son arrestation.

Au final, Francis Evrard est condamné le 30 octobre 2009, à 30 ans de prison avec une peine de sûreté de 20 ans. Francis aurait pu avoir un procès en appel en septembre 2010 mais il a finalement renoncé à cette procédure.

En 2010, la famille d’Enis annonce son intention de poursuivre l’Etat en justice pour défaillance dans la prise en charge de Francis. L’issue de cette procédure est inconnue.


Le traitement des délinquants sexuels en France

À l’époque de l’agression d’Enis, le président de la République a convoqué une réunion afin d’organiser une meilleure prévention de la récidive des personnes condamnées pour des crimes et délits sexuels. Il a même reçu en personne le père d’Enis. Néanmoins, aucune mesure significative n’a été prise à ce moment-là.

En ce qui concerne le traitement des délinquants sexuels, ils peuvent depuis 1998 être obligés par un juge à suivre des soins allant de la simple thérapie à la prescription d’inhibiteurs sexuels. Ce type de soins peut être prescrit pour 10 ans voire plus. Aujourd’hui, la castration chimique peut faire partie d’une injonction de soins, et non être une procédure facultative comme à l’époque de l’arrestation de Francis.

De plus, les délinquants peuvent être suivis par bracelet électronique depuis 2000.

Cependant, contrairement à d’autres pays, il n’y a pas de fichier public répertoriant les délinquants sexuels, et ces derniers ne peuvent pas être condamnés à des peines à durée indéterminées.


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette affaire (qui a été très dure) dans les commentaires ou sur Twitter (@mwacpod). N’hésitez pas non plus à me suivre sur Instagram (@mwacblog) (attention, il est en anglais). Enfin, si vous vous sentez d’humeur généreuse, vous pouvez faire un petit don pour que je puisse améliorer le blog et le podcast.

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